Etre Gaulliste au 21ème siècle

Etre Gaulliste ?

Selon les enquêtes d’opinion De Gaulle serait l’homme d’Etat de notre histoire le plus apprécié des Français.

Cela doit tenir à ce que les actes majeurs de l’homme du 18 juin sont estimés positifs par la majorité de nos concitoyens.

Ainsi, s’est gravée dans notre mémoire collective l’image du refus de la défaite, de l’appel à la résistance et de la participation à la victoire, avec celle de la fondation d’une République moderne, aux pouvoirs rééquilibrés, libérée des contraintes coloniales, toute entière mobilisée pour la prospérité et l’influence internationale, dont la France a bénéficié grâce à De Gaulle.

Aujourd’hui, à la veille d’échéances électorales importantes, peut-on se réclamer du Gaullisme, non plus en référence à un passé prestigieux, mais comme un choix pour l’avenir, sans courir le risque d’être dépassé ?

A la différence du communisme, du socialisme, du libéralisme et de quelques autres idéologies, il n’y a pas de doctrine Gaulliste.

Adhésion au message et au comportement d’un leader d’exception, le Gaullisme a su rassembler en des circonstances particulières des hommes et des femmes aux sensibilités différentes.

De Gaulle ayant disparu, beaucoup parmi ceux qui s’en réclamaient s’en sont retournés, sinon vers leurs partis d’origine, du moins vers leurs préférences politiques.

C’est ainsi que, dès l’élection de Georges Pompidou, la famille Gaulliste a entamé son éparpillement, dont la dernière phase fut en 2002 la fusion du RPR dans l’UMP avec des libéraux et des centristes issus de l’UDF et nombre d’anciens militants RPR ont, à cette époque, refusé de rejoindre le nouveau parti de la majorité présidentielle.

Désormais, ou bien le Gaullisme relève de l’Histoire et alors rien ne justifierait qu’il renaisse électoralement de ses cendres éteintes, ou bien le Gaullisme est toujours porteur de valeurs essentielles et d’objectifs pour le futur et il se doit d’être présent et acteur dans la prochaine compétition électorale.

Si tel devait être le choix de ceux qui s’y référent, une candidature Gaulliste devrait être envisagée, bénéficiant si possible du soutien de l’UMP, pourvu qu’elle s’engage sur quelques orientations prioritaires, rappelées ci-dessous.

Selon la formule du Général De Gaulle, « il n’y a qu’une seule querelle qui vaille, c’est celle de l’homme », d’où ses choix, toujours d’actualité, pour une démocratie sociale moderne, où le dialogue et la participation sont des méthodes et des règles qui doivent réduire, puis faire disparaître l’antagonisme archaïque entre le capital et le travail.

Les partenaires sociaux étant devenus plus ouverts à cette exigence, il appartiendrait à une future majorité, pour l’institutionnaliser, de sortir enfin des bonnes intentions verbales et des demi-mesures.

Fer de lance du progrès économique des années Gaullistes, la recherche ne tient plus, ni en France, ni en Europe la place qu’elle mériterait dans les choix gouvernementaux et budgétaires.

La relance de cette politique, dans un cadre européen, impliquerait la mise à niveau de notre enseignement supérieur délaissé et favoriserait, grâce au développement des nouvelles technologies, une politique industrielle ambitieuse et l’investissement dans des infrastructures, par un cofinancement public – privé.

C’est aussi pour remodeler une démocratie modernisée et plus efficace, qu’il faudrait rouvrir le dossier de l’organisation des pouvoirs publics, dans l’esprit de ce que De Gaulle avait proposé dès 1969.

Nous pratiquons aujourd’hui cinq échelons d’administration : la commune, la communauté de communes (d’agglomération ou urbaine), le département, la région, l’Etat, … auxquels il faut ajouter un sixième : l’Union Européenne, du fait des compétences qui lui ont été dévolues par les traités.

Au lieu de simplifier la vie du citoyen, de rendre l’administration plus efficace et d’en réduire les coûts, les réformes, néanmoins utiles, qui se sont succédées depuis 1982, n’ont pas répondu pleinement à cette attente.

Pour ce qui concerne le fonctionnement de la Vème République, rien n’interdit qu’il soit encore amélioré, comme il le fut régulièrement et dès 1962 par l’élection du Président de la République au suffrage universel.

Il appartiendrait notamment au Parlement de se doter, dans l’esprit de la Constitution, d’un rôle plus effectif que celui qu’il ne s’est accordé lui-même, sauf en période de cohabitation.

Une limite devrait néanmoins être imposée : le maintien, pour l’essentiel, du scrutin majoritaire qui assure la stabilité politique pendant la législature, et qui évite tout retour au néfaste régime d’Assemblée.

En ce début du XXIème siècle, la grandeur de la France, si chère à De Gaulle, a-t-elle encore un sens ?

Ecartons d’emblée l’idée, pour le moins irréaliste et pourtant préconisée par quelques nostalgiques des « lampes à huile et de la marine à voile », que la France devrait reconquérir sur l’Union Européenne et les institutions internationales auxquelles elle les a librement et démocratiquement confié, des parts significatives de son ancienne souveraineté.

Prenons quelques exemples :

Va-t-on re-nationaliser la politique agricole, au risque de perdre nos débouchés en Europe et dans le monde et aggraver de ce fait le déficit des finances publiques ?

Va-t-on renoncer à la politique commerciale extérieure commune qui donne à l’Union Européenne, donc à la France, un poids dans les négociations de l’OMC qu’aucun des vingt cinq Etats membres ne pourrait avoir seul ?

Certes, le principe de subsidiarité dans l’Union est souvent mal appliqué et l’administration de Bruxelles, comme toutes les administrations nationales n’est pas à l’abri de critiques.

Mais enfin critiquer « Bruxelles », comme on se plaît à critiquer « Paris » ne devrait pas plus nous rendre anti-européen, que nous ne serions anti-Français !

En mettant en application, dès son retour au pouvoir en 1958, le Traité de Rome et en nouant avec le Chancelier Adenauer des liens privilégiés, De Gaulle s’est comporté en Européen convaincu par la nécessité de construire une Europe -puissance indépendante. S’il a délibérément écarté l’Europe supranationale de Jean Monnet pour privilégier l’Europe des Etats de Coudenhove-Kalergi, il a néanmoins favorisé des abandons de souveraineté, lorsqu’ils lui paraissaient conformes aux intérêts de la France.

Seule notre participation à l’Union Européenne forte de ses 455 millions d’habitants peut donner à la France une véritable influence sur la scène internationale.

C’est pourquoi, plutôt que de contester en permanence notre présence dans l’Union, comme le font certains, les Gaullistes devraient être à la pointe du combat européen pour que la France y obtienne la juste place et le rôle qui devraient être les siens.

Nul autre pays membre de l’Union Européenne en dehors de la France, pour des raisons qui tiennent à son histoire, à sa culture et à l’importance qu’elle accorde à la Défense, n’est aujourd’hui en mesure d’entraîner ses partenaires dans une politique où le maintien des souverainetés nationales serait parallèlement constitutif d’une souveraineté européenne à conquérir.

La France du XXIème siècle doit épouser son temps, si elle veut compter et s’affirmer librement face aux géants que sont les Etats-Unis et que sont en train de devenir la Chine et l’Inde. C’est aussi pour cette raison que l’engagement pour une Europe – puissance, indépendante, souveraine et solidaire, est un combat Gaulliste.

Notre partenariat avec notre voisinage méditerranéen et africain, comme notre vision pour le reste du monde, s’inspirent de notre expérience et de nos valeurs. Nous ne devons les abandonner sous aucun prétexte, comme il nous appartient de défendre la Francophonie, notre identité culturelle et notre aspiration au développement durable.

De multiples tâches s’imposent donc à nous dans la fidélité à notre idéal Gaulliste. C’est pourquoi, il appartiendra à ceux qui ont décidé de le perpétuer, d’être présents lors des élections du printemps 2007.

Alain TERRENOIRE
Avocat – Président de l’Union des Anciens Députés Gaullistes